Comme les hivers précédents, nous délaissons un peu les restaurants et Izakayas pour se faire de méchantes bouffes au chaud à la maison chez les uns les autres.

Ce jour là, j'avais ramené chez Junn du poisson pêché le
matin même par Daiji (Kisu, Mebaru et hazé), Pon, de son côté nous avait ramené tout ce qu'il fallait pour prépaper un bon nabé au bouillon à base de clams, et sa toute nouvelle machine pour
faire chauffer le saké (qu'on appelle
熱燗 atsukan, lorsqu'on le boit chaud).
Je leur ai demandé à l'occasion s'il existait des sortes de saké différentes selon qu'on voulait le boire froid / à température ambiante / ou chaud (il existe ensuite différentes températures de
consommation qui portent chacunes un nom)
Elles m'ont répondu que ce n'était pas le cas, mais qu'en général les sakés de meilleure qualité se buvaient froid ou à temparature ambiante et que les puristes/connaisseurs se fâcheraient un peu
s'ils voyaient du saké de haute qualité consommé chaud.
Personnellement, je n'aime pas trop les alcools bus chaud habituellement, mais avec le saké c'est l'inverse, je le préfère comme ça.

Pon et Junn au boulot. Bon, ne croyez pas non plus que j'ai rien
glandé et me suis tourné les pouces en prenant des photos, j'ai pelé, découpé une grande partie des légumes pour le nabé.

Sur les 4 poissons que j'avais ramené, on en a grillé 3 que l'on a
servi avec du daikon rapé et de la sauce soja, et on a mis l'autre dans le nabé. On a aussi mangé pleins d'autres bonnes choses (que Pon avait acheté dans un magasin de pêcheurs à des prix
défiant tout concurrence) : un gros crabe, des huîtres, des sashimis de Sazae (un gros molusque du nom de Turbo Cornutus en français..).
A l'occasion de l'arrivée d'Obama pour sa rencontre avec le nouveau 1er Ministre, Yukio Hatoyama, Junn nous a fait part de son opinion sur les relations actuelles USA/Japon :
"
Ils s'en branlent de nous. Et puis ils nous énervent avec l'Afghanistan. On nous reproche de ne pas envoyer de soldats alors qu'on compense avec l'envoie de sommes d'argent énormes et d'aide
d'humanitaire. Puis faudrait savoir, depuis la défaite on est censé n'avoir qu'une armée pour protéger notre propre pays, et maintenant faudrait qu'on envoie des troupes !"
Je ne dispose que du point de vue de Junn (du moins je n'ai rien trouvé concernant un éventuel reproche sur fait que les japonais ne veulent pas envoyer de soldats là-bas), mais comme ça, ce
qu'elle nous a dit me semblait plutôt convaincant.
Sinon, je ne sais pas comment on est arrivées à cette discussion, mais ça a été ma fête :
Elles m'ont décrite comme extrêment têtue (ha..), comme quelqu'un qui a toujours réponse à tout (ouille !) et acessoirement comme quelqu'un qui voulait toujours avoir raison (grrrr..)
Alors là, sur ce 3ème point je suis un peu moins d'accord, mais je pense que cette impression, vient du fait que je ne maîtrise pas encore suffisamment bien le japonais pour tenir un discours
nuancé, mais bon, je n'ai pas cherché à me défendre, ça serait le comble pour quelqu'un censé toujours vouloir avoir raison, et je n'aurais fait que m'enfoncer.
Pour le 1er point, c'est possible. C'est arrivé qu'on me le dise en France mais nettement moins qu'ici, je pense que c'est une interprétation du point de vue japonais, d'un trait qui paraîtrait
bien plus commun et naturel en France et à l'égard duquel on est bien plus tolérant (à moins que ça n'atteigne pas des limites désagréables biensûr, mais je pense que sur l'échelle française ce
point se situerait bien plus haut qu'au Japon.)
Elles m'ont d'ailleurs confirmé que parmi mes amis français venus en vacances ici, elles en avaient trouvé 2 bien pires que moi.
Je leur ai répondu aussi que je ne le prenais pas spécialement mal, voire même qu'au contraire je le revandiquerais presque, ne voyant pas toujours cela comme un défaut, mais que j'essaierai de
le corriger et de faire des efforts.
Et là en fait, elles m'ont dit que je ne devais pas forcément chercher à corriger ça, que c'était simplement un constat, et qu'elles appréciaient que je ne cherche pas à calquer mon caractère sur
celui des japonais, me rassurant en me confirmant qu'elles ne m'appelleraient pas plusieurs fois par semaine s'il y avait un problème et que d'ailleurs, dans ce cas-là elles ne se fatigueraient
même pas à me le dire. J'ai beaucoup apprécié cette franchise du coup.
Pour le côté réponse-à-tout, je veux bien le reconnaître aussi, bien qu'en France je ne suis pas persuadée qu'on me voit spécialement comme ça.
En effet au Japon, on a plus tendance (en tous cas avec les personnes avec qui l'on est pas trop proche) à garder son opinion pour soi et à ne pas faire de vagues.
Et un exemple rien qu'au niveau du langage et de la politesse :
en japonais lorsqu'on tient vraiment à s'excuser d'une faute lourde on dit litteralement "
Je n'ai pas d'excuses"
Là où en France il serait normal; voire conseillé de se justifier.
(Ca m'avait été reproché à plusieurs reprises par l'une de mes colocataires avec qui les rapports étaient assez conflictuels la 1ère année) et ça me rappelle ce très bon exemple donné sur
le blog
"Japan trough blue eyes" pris dans un manuel d'apprentissage du français pour les
japonais :
Exemples d'utilisation du mot "faute" : "
Ce n'est pas ma faute" avec en note et en japonais (
Si vous vivez en France, vous ne pouvez pas rater cette phrase), très drôle, mais
très vrai je crois. (sans jugement de valeur, ce sont des différences culturelles seulement).
Pour ce point là, elles m'ont quand même dit de faire un peu attention suivant les situations, et que surtout en m'entêtant parfois comme ça, je donnais l'impression de m'épuiser moi-même, tout
comme avec mon soit-disant "acharnement" à apprendre le japonais.
Leur conclusion était "Relâche un peu la pression, relâche un peu les épaules, mais on ne te demande pas de changer au contraire."
Pfiooouu...
En tous cas, c'est bien agréable en vivant dans un pays si éloigné et si différent, d'avoir des amis proches, avec qui l'on se confie mutuellement, et avec qui l'ont peut se parler en toute
franchise, et aussi bien pour dire des choses agréables que moins agréables...
Du coup, après ces émotions, nous avons été remuer nos épaules à Mugen :

C'était une soirée, reggae-ragga-dub organisée par Filter
Kings, avec en guest ce papy du ragga (bon 55 ans c'est pas un papy, mais dans ce milieu ça dénote quand même..), surtout avec cette casquette improbable de 30cm de haut sur la tête

La déco était assez sympa avec ces petits lampions de
partout

Il était plutôt bon, et très en forme

Vitch

J'ai toujours été étonnée par le succès de la coupe afro
chez les japonais, surtout pour une population aux cheveux naturellement très raides..

Le mémorable retour en taxi, avec Pon notre "taxi-girl" (aucun rapport avec le fait de
chercher le garçon..) Pon est la spécialiste du taxi. Elle leur impose ses prix ou ses ristournes.
Les met devant le fait accompli, avec un vélo à faire rentrer dans le coffre.
Elles les appellent systèmatiquement "ossan" (le vieux) ou d'autres variantes dans le style, comme si elle avait gardé les cochons avec chacun d'eux. Elle leur tape la causette du début à la fin
de sa voix rauque et de son dialect bien fleuri, en leur tapant sur l'épaule ou leur tirant le coude s'il n'écoutent pas assez attentivement à son goût. Mais en tous cas, elle réussit toujours à
les débrider et les faire rire (regardez le sourire hilare du conducteur dans le rétro).