Ma vie quotidienne à Hiroshima depuis le 28 Juin 2007
Je suis arrivée au Japon le 28 juin 2007, je suis donc là depuis 1 an et 3 mois, avec un 1er et seul retour d’1 mois en France assez récent.
Beaucoup de choses ont changé depuis cette 1ère année :
La 1ère année, je ne pensais pas particulièrement à la France, lorsqu’on me demandait si certaines choses me manquaient, j’avais beau réfléchir rien ne me venait à l’esprit : ni la nourriture, ni la culture, ni les habitudes, un peu les proches mais c’était tout à fait supportable. L’idée même de devoir y retourner à un moment m’embêtait plus qu’autre chose.
Au contraire, je voulais m’immerger à fond : la langue (je me suis assez vite forcée à n’utiliser que le Japonais malgré mon faible niveau et ce même avec les amis dont le niveau d’anglais est assez bon), la nourriture (j’étais très déçue lorsqu’on me proposait d’aller manger dans un resto étranger) , j’évitais presque les contacts avec d’autres étrangers (rendus de plus difficiles par que j’avais presque fait un bloquage avec l’anglais tant je m’interdisais de l’utiliser avec les Japonais), bref je voulais du tout-Japon, du vrai et je ne voulais pas en louper une miette parce que je pensais alors que mon expérience se limiterait à 1 année prévue par mon visa working-holiday de l’époque.
La 1ère année, on* renie presque ses origines, on ne pose que des questions sur la culture japonaise, on ne se soucie pas du fait que les gens ne s’interrogent pas sur votre provenance (ben une gaijin ça vient de Gaijin-land et ça parle gajinnois pardi – un gros mélange flou désigant principalement les Etats-Unis et l’anglais comme langue maternelle). Cependant mes amis m’ont toujours félicité de ne pas être tombée dans la vision gaga admirative du Japon ni dans l’extrême inverse : « mais comment vous faites pour... » « je comprends pas comment vous pouvez... » « mais c’est incroyable !!, pour quoi vous faîtes comme ci et pas comme ça !!?? » (c’est-à-dire comme chez nous, la référence en normalité... pour certains)
Cette année en revanche, depuis ce retour, je passe mon temps, avec un certain plaisir, à expliquer la culture et l’esprit français (s’il en est et en toute modestie), décrire la cuisine en expliquant les particularités des différentes régions (je me suis même surprise à cuisiner des plats que je n’avais jamais cuisiné en France !


L’année dernière lorsqu’on me demandait ce qu’on mangeait en France, ce qu’il y avait de bon je répondais « ben... je sais pas... pfff.... de toute façon je sais pas cuisiner », à tenter de définir notre humour, à expliquer les particularités de notre langue, à expliquer ou décrire certaines de nos habitudes ou coutumes, à défendre l’existence d’une politesse française et de certaines règles qui peuvent aussi chez nous s’avérer difficiles (et si vous en doutez encore je vous envoie l’oeuvre complète et traduite de Nadine de Rotschild !), l’éducation des enfants, l’école, je conseille des auteurs ou des films, etc...
Bref je suis un peu passée du statut « d’espionne infiltrée » à celui « d’ambassadrice » (oui bon on va faire les tatillons sur les mots..)
Beaucoup de choses me manquent maintenant dont certaines que je viens de citer : la cuisine (plutôt italienne ou provençale pour ma part et je fais de grosses fixettes par moments : comme les ravioles de Roman par exemple, qui étant un produit frais, me paraissent impossible à faire parvenir ici ou le fromage)
[Voilà quelques unes de mes amplettes d’aujourd’hui d’ailleurs : un magasin très fourni en produits étrangers : européens, américains ou asiatiques (Chine, Thaïlande, Viet-Nam, Inde, Indonésie..) qui se trouve dans la galerie souterraine Sharéo près de la sortie du stade de Base-Ball. Il y avait un grand choix de fromages de marque française par exemple, un peu moins interessant pour les vins en revanche. Pour le pain de boulangerie ou les produits frais il vaut mieux aller chez Andersen.]



L’esprit et l’humour (même si mes progrès en japonais me permettent peu à peu de retrouver le mien ici), les proches, certaines ambiances... et on m’écoute avec intérêt. Je revendique mes origines ou du moins m’agace un peu plus quand je constate que des gens que je fréquente depuis de nombreux mois ne sont jamais préoccupés de savoir de quelle région de Gaijin-land je venais. Je fais aussi quelques entorses aux régles de politesse japonaise : une en particulier : lorsque l’on est à table et que l’on boit un alcool en bouteille (vin ou nihonshu principalement puisque le reste se commande principalement au verre) on n’est pas censé se servir soi-même : la régle exige que l’on serve l’autre et que celui-ci vous prenne la bouteille des mains pour vous servir à son tour, cela demande une certaine attention pour s’assurer que le verre de l’autre n’est jamais vide et une bonne coordination de mouvement pour feindre de se servir soi-même mais laisser l’occasion à l’autre de saisir la bouteille de vos mains. En France, on a plutôt l’habitude de servir les autres en premier puis de se servir soit même à la fin. Comme je trouve cette règle un peu pénible et fatigante, je joue en général le jeu pour le 1er verre puis continue ensuite « à la française », « si on le faisait à la française ? c’est rigolo ».
Je n’ai pas pour autant le « mal du pays », ni l’envie de retourner vivre en France pour le moment mais si les moyens me le permettaient j’aimerais pouvoir y retourner plus souvent, genre tous les 4 mois.
* J’emploie « on » par commodité mais je n’engage que moi dans ce « on ».