Lorsqu’on s’amuse à parcourir les sections commentaires des blogs écrits depuis le Japon, on tombe invariablement sur le même type de débats.
Ces pseudo-débats, rarement initiés par les auteurs des blogs en question (mais par certains lecteurs), qui s’apparentent plus à des « cadavres-exquis » d’échanges d’insultes, de déballage de prétendus savoirs, de monologues parfois pompeux sont en plus sans grand intérêt puisqu’il n’y a souvent pas la moindre cohérence ni entre le propos de l’auteur et les commentaires, ni entre les réponses elles-mêmes.
Les lecteurs dont il est question reprochent aux auteurs de blogs, quels qu’ils soient, de ne pas comprendre la véritable «essence » du Japon, d’être totalement naïfs, à côté de la plaque, et de donner une image fausse de ce pays pour finir par les accuser la plupart du temps de verser dans l’idolâtrie (bien que dans la plupart des blogs que je lis on dise souvent autant de bien que de mal de l’archipel).
Eux, ces lecteurs tiennent un discours haineux et (donc) forcément juste sur le Japon.
Ils ne font absolument aucune distinction entre les differents bloggeurs, qui appartiennent au choix à l’une ou l’autre de ces 2 catégories :
- le petit geek ou nerd fan de manga et jeux vidéos parti à la conquête d’un pays fantasmé, d’un eldorado multicolore de néons, gadgets electroniques, cosplayers, idoles et autres collégiennes à culotte blanche et téléphone portable Hello Kitty, qui rêve de venir manger des pocky en vrai, et sait déjà tout de ce pays grâce aux forums « I love Japan and my computer » sur lesquels il passe des nuits blanches tout en écoutant de la J-Pop dont il connait les paroles par coeur.
- celui qui fuie un pays trop rustre et ennuyeux et part le renier, pleins d’enthousiasme et d’illusions, en quête d’un pays noble, d’un paradis de tradition et raffinement, de geishas et samouraïs, de respect et d’harmonie, qui vient découvrir l’ikebana, la cérémonie du thé, le shamisen, les temples et les jardins zen et éventuellement sa future belle et gentille femme.
J’expliquerai plus tard comment je me suis retrouvée ici, à Hiroshima.
Déjà, faudrait arrêter de confondre bloggeur et journaliste. Personne n’oblige qui que ce soit à lire un blog et à prendre ce qu’il y lit pour seule et unique source d’information. On y expose en général ses impressions, ses sensations, son vécu, son expérience, son quotidien, avec toute la subjectivité que cela suppose et sans chercher à décrire une supposée « réalité » d’un pays, mais au contraire sa vision de celui-ci à travers son propre regard. C’est d’ailleurs ce qui fait l’intérêt d’un blog par rapport à des sites purement informatifs tels que Wikipedia, et je pense que la plupart des lecteurs sont bien conscients de la différence entre les 2.
J’ai lu a plusieurs reprises des critiques du genre « les d‘jeuns débarqués y a moins de 24h au Japon et qui se permettent d’écrire un blog, alors qu’il n’y pigent rien », et alors ? en quoi leurs premières impressions à vif, leur regard frais même si clairement trop enthousiaste ne méritent-ils pas d’être écrits tant qu’ils ne prétendent pas produire une thèse en sociologie. Lorsque je découvre un nouveau blog, je m’amuse souvent à remonter aux 1ères pages. S’il faut attendre d’être complètement blasé et d’avoir passé 30 ans dans un pays pour être autorisé à en parler, ce qui n’est pourtant pas plus un gage d’objectivité...
Puis après tout, qu’y a-t-il se si honteux à partir enthousiaste lorsque l’on tente l’aventure de la vie dans un pays étranger, encore heureux qu’on est enthousiaste !
Je serai bien curieuse de connaître la définition de ces donneurs de leçon, de la « vision juste » ou de « la réalité d’un pays » et de savoir qu’elle était la leur à leur arrivée.
Prenez 20 natifs dans un pays, 1 dans un petit village de campagne, 1 dans la capitale, 1 dans une commune moyenne, 1 en banlieue, prenez des gens de milieu professionnel, de classe sociale et de génération différents, lequel peu prétendre avoir la vision la plus juste de son propre pays ?
C’est pareil lorsqu’on vit à l’étranger.
L’intérêt de cette foule de blogs écrits depuis le Japon, c’est d’offrir un large éventail des différentes visions possibles de ces multiples facettes qui font un pays.
Parce que selon ces donneurs de le leçon (une grande partie en tous cas), quant à eux bien plus lucides et moins dupes, les japonais ne sont en fait qu’un ramassi de moutons, d’abrutis fourbes dont la prétendue politesse et délicatesse ne cache en fait qu’un racisme dont ils n’ont même pas l’intelligence d’être conscients, incapables de réfléchir et de prendre des décisions, et avec qui les conversations ne volent pas plus haut que les paquerettes. Les hommes ne sont que de grossiers machos qui passent des heures au bureau à ne rien fouttre, et les femmes de superficielles mégères sans personnalité qui n’attendent qu’une chose : se marier pour pour le fric en rêvant de sacs Vuitton.
Un cliché, négatif ou positif, reste un cliché . Que ce soit dans l’excès de haine ou dans l’excès d’idolâtrie, un stéréotype reste un stéréotype. Et on peut très bien apprécier un pays sans en être excessivement admiratif.
Ce que décrit le tableau dressé un peu plus haut, c’est vaguement le japonais moyen.
Le japonais moyen, tout comme l’américain moyen, ou le français moyen est généralement con, et tout le monde le sait, pas la peine de revenir dessus.
Je choisis les gens que j’ai envie de fréquenter que ce soit en France ou au Japon, et c’est de ces personnes là que j’ai envie de parler sur mon blog, sans dire pour autant qu’ils sont représentatifs de toute la population japonaise, et je pense que c’est la même chose pour les autres auteurs de blog, même si de temps en temps quelques anecdotes caricaturales sur le japonais moyen ou ce fameux porte-drapeau du cliché japonais qu’est le salaryman peuvent être amusantes et sur certains blogs décrites avec humour et talent.
L’argument phare, soit-disant irréfutable et que « si t’es pas d’accord c’est que t’es trop naïf » de ces blasés du Japon pour justifier leur accusation de racisme dissimulé des japonais est la phrase « Nihongo ga jouzu desu ne » (« comme vous parlez bien japonais !).
Faut arrêter de penser que cela sous-entend forcément « quoi ? avec ton petit cerveau de gaijin t’es capable de parler ma si inaccessible et précieuse langue ? » Evidemment, vous entendrez bien moins souvent ce genre de compliment de la part d’un anglais ou d’un americain, vu le nombre de gens pratiquant l’anglais dans le monde. Mais entre les touristes ou les expats qui ne parlent pas un mot de japonais même après plusieurs années (j’en ai rencontré plus d’un), une obasan de ryokan ou une jeune serveuse d’izakaya un peu timide n’aura pas souvent l’occasion de tomber sur un étranger capable de sortir quelques phrases de japonais à peu près correct. (si c’est vos amis qui vous disent ça, changez d’amis). Elle a le droit d’être étonnée sans suggérer qu’il s’agit d’un exploit presqu’incroyable de votre part. Et c’est pas forcément écrit sur votre front que vous vivez ici depuis 10 ans. Si c’est vos collègues de bureau et que vous parlez réellement bien ils ont également le droit de vous en faire le compliment.
Je serai curieuse de voir les réactions des autochtones face à un japonais baragouinant quelques mots d’italien à Naples (je parle pas de France, comparer avec la France, c’est pas bien, c’est tabou).
Je comprends le raisonnement des gens qui pensent que faire ce genre de compliment au moindre « arigato, konnichiha » est une forme de racisme. Dans la théorie ça marche, mais dans la pratique et la réalité, c’est complètement tiré par les cheveux. C’est de la communication phatique, on en fait tous.
Pareil pour la manipulation des baguettes, si c’est évident pour vous, y a des de gens qui n’y arrivent pas du 1er coup, donnez des baguettes à ma grand-mère par exemple.. Si le compliment est fait alors que la personne s’y prend comme un pied, je vois plus ça comme une forme d’encouragement, une façon de mettre la personne à l’aise. On en voit des touristes au comptoir des restos qui se sentent cons parce qu’ils ne savent pas comment s’y prendre, vous croyez vraiment que serait le moment de lui dire « pauv’naze, laisse tomber tu sais pas faire » ?
Si être poli signifie forcément être hypochrite... Mais là c’est un autre débat. Evidemment qu’il y a des racistes, des imbéciles et de gens grossiers au Japon comme partout ailleurs, personne ne prétend le contraire et je ne cherche pas à justifier ou excuser les moindres faits et gestes des japonais. Seulement il ne faut pas prendre les défauts de certains individus pour en faire une généralité, un cas propre au pays, alors qu’on retrouve le même genre de défauts n’importe où.
Autre genre d’argument rencontré dans ces commentaires pour traiter le moindre bloggeur de fan aveuglé, : « le sourire de la serveuse de Mc Do dont s’enthousiasment les jeunes fraîchement débarqués au Japon pleins d’illusion ».
Ben à moins d’être complètement idiot, on le sait que la caissière sourit parce que c’est son boulot et pas par gentillesse ni par pureté de coeur, mais au final c’est toujours plus agréable que celle qui tire la gueule et vous fait sentir que vous l’emmerder, non ? Je reviens plus facilement dans un restau où j’ai été bien reçue, c’est bon pour le client, bon pour le marchand.
En quoi le fait de faire remarquer que c’est le cas dans quasiment 100% des lieux au Japon et que c’est plutôt agréable, fait de soi un naïf ?
Je ne connais pas beaucoup de pays où vous pouvez demander au chauffeur de taxi s’il peut prendre votre vélo et où le chauffeur en plus d’accepter se chargera lui même de la plier, le rentrer dans le coffre sous une pluie battante avec un grand sourire et ne vous fera pas un flan si la course est trop petite.
Hier je suis tombée sur un chauffeur de bus pas franchement sympa, ben oui ça peut arriver aussi.
On reproche aussi aux auteurs de blogs de présenter des objets futiles ou banals du quotidien. Personnellement c’est aussi le genre de choses que j’ai envie de voir d’un pays où je ne suis jamais allée, des petits détails anodins, mais qui accumulés les uns aux autres font aussi le décor de ce pays. Ca peut aussi avoir sa pertinence. Ca ne veut pas forcément dire qu’on prend les dit objets pour des pièces de musée ni qu’on y voue un culte. J’ai consulté récemment un bouquin sur le design et le graphisme quotidien tchèque, on y trouvait pêle-mêle des panneaux de circulation, des paquets de gâteau, des motifs traditionnels, ça m’a interessé.
Voilà et avant de terminer, comment moi je me suis retrouvée au Japon, à Hiroshima ?
Par une sorte de hasard et de suites d’évènements, par des rencontre et absolument pas par passion :
Y a encore 3 ans, je ne portais aucun intérêt pour le Japon, je n’en connaissais rien et ne cherchais pas à en savoir plus. Ca ne m’intéraissait pas plus que ça. La vague idée que je m’en faisais : un pays austère et effrayant, trop moderne avec des gens un peu fades et des auroroutes qui se croisent dans tous les sens au milieu de grandes villes pleines de buildings de verre géants.
Un ami (Phred, pour ceux qui connaissent), qui s’y intéressait de bien plus près et se rendait régulièrement et depuis de nombreuses années dans la ville d’Hiroshima suite à sa rencontre avec les membres de
SleepyeEye (Hide, Susu, Naoki, Daiji) a commencé à me montrer des photos, des vidéos de ses voyages, à me parler du pays et de ses amis avec un enthousiasme qui ne m’a pas laissé indifférente. J’ai pu rencontré en juin 2006 lors de leur venue à Marseille, 3 de ses amis d’ici : Susu, Jun Kuma et Matada, avec qui le courant est directement passé.
Puis en Août 2006, ayant la possibilité de prendre pour la 1ère fois de vraies vacances depuis longtemps, je me suis décidée à partir avec lui pour 3 semaines à Hiroshima, reçus chez l’habitant, et trimballés de droite à gauche par cette bande d’amis « racés » comme il dirait. Le Japon fut immédiatement pour moi une agréable surprise vu que je n’en attendais pas grand chose. J’ ai eut le coup de foudre pour cette bande de filles et de garçons d’Hiroshima qui sont aujourd’hui devenus mes amis, pour cette ville en pleine canicule de mois d’Aôut (
vous pouvez voir les photos sur mon 1er blog www.hiroshimarseille.blogspot.com ), et sur un coup de tête j’ai décidé que je reviendrai moins d’1 an plus tard pour venir y vivre 1 année.
Ce fut chose faite, je revins Working Holiday en poche en Juin 2007. (J’ai depuis renouvelé pour 1 an avec un visa de professeur). Entre temps j’ai commencé à apprendre un peu le japonais, me renseigner et lire quelques auteurs.
Je ne sais pas si j’aime le Japon, j’aime ma vie actuelle, à ce moment là, dans cette ville et avec les amis que je m’y suis faite. Ca se passe à Hiroshima, au Japon, en 2008. L’amie que je fréquente le plus ici m’a un jour félicitée pour ma curiosité ainsi que pour le fait de ne jamais tomber dans la moquerie bête ni dans l’admiration. Un compliment qui m’a vraiment fait plaisir. Je ne cherche pas à devenir japonaise, je reste moi dans un décor et un contexte différent, tout en tentant de m’y adapter au mieux. « Mon » Japon et celui des chacun des autres bloggueurs sont différents, c’est celui là que je me contente de raconter, sans plus de prétention.