Y une phrase, bien trop souvent entendue, qui me fait froid dans le dos, ou m’hérisse les poils, c’est un peu la même chose, une phrase qui à quelques variantes près donne ceci :
« Ah, les japonais, au moins ce sont des travailleurs, eux.. » (dit d’un ton rêveur, voire empreint de regret..)
En dehors du fait, que cela rappelle des phrases plutôt déplaisantes à mon oreille du genre « Travailler plus pour gagner plus », « La France qui se lève tôt » ou même « Travail, famille, patrie », voilà ce que cela me donne envie répondre :
- Déjà, ils ont pas vraiment le choix, disons individuellement.
- Ensuite, que dire de leur épanouissement personnel, familial, amoureux ?
- Peut-on vraiment envier un pays où le nombre de suicides liés au travail, et de morts par épuisement cardiaque dû au surménage est franchement inquiétant ?
- Le chômage est certe bas (quoiqu’en progression), mais le nombre de travailleurs précaires ou sans logement ne fait qu’augmenter, et le taux de rendement horaire du Japon est bien plus faible que celui des Etats-Unis ou même de la France (attention, si vous faites une recherche google, ne pas confondre comme moi au début, avec taux d’évolution du rendement ou productivité horaire, forcément supérieur vu qu’ils sont partis de très bas).
Je pense qu’ils n’ont pas plus envie de travailler que nous.
Ici la période de chômage « rémunérée » ne dure que 3 mois. Parmi les personnes que je connais, celles qui sont passées à un moment donné par la case chômage ont toutes attendu bien sagement la fin des 3 mois en se reposant et profitant d’enfin un peu de temps libre pour chercher un nouvel emploi. (et ça semble être une pratique assez courante)
D’autres, encore en profitent pour faire des petits boulots payés au black comme c’est le cas d’une amie actuellement. Ca lui laisse malgré tout le temps de souffler un peu et elle avoue que ça fait un bien fou même si au début elle se sentait un peu perdue.
Un autre a, il y a quelques temps, perdu son travail en entreprise de peinture en bâtiment après s’être cassé le bras. Il y travaillait depuis des années, se levant tous les jours à 6h et travaillant 6j/7 parfois 7/7 pendant les périodes de grosse activité. Il continue actuellement dans la même voie mais en travaillant à droite à gauche. Il avoue moins bien gagner sa vie qu’avant, mais le temps libre lui permet de se consacrer à ses passions (musique et graphisme entre autre) , à d’autres activités comme la pêche ou le skate, ainsi qu’à sa copine, et pour rien au monde il ne voudrait reprendre son boulot précédent ni la vie qui va avec.
L’année dernière, je vivais en collocation avec 2 amies japonaises, l’une travaillait 50h minimum par semaine (sans compter les réunions, ou formations), mais devait travailler plusieurs soirs par semaine jusqu’à 3h du matin pour combler un découvert, l’autre, coiffeuse, n’avait que son lundi, terminait le mercredi soir vers minuit pour les entrainements et avait souvent des réunions de travail qui duraient jusque vers 23h ou plus.
Elles avaient encore la chance de n’habiter qu’à 10 min à pied de leur lieu de travail, ce qui est rarement le cas dans des grandes villes telles que Tokyo, où l’on peut facilement ajouter 2 à 3h supplémentaires par jour passées dans les transports et autant de sommeil ou temps libre en moins.
Je les voyais litteralement achevées, rentrer et s’affaler à même le sol sur le tapis chauffant et s’endormir dans la minute. Lorsqu’elles étaient malades, même avec 38 ou plus de fièvre, elles mettaient leur masque sur la bouche et partaient tout de même travailler avec les cernes et un mal de crâne pas possible, parce qu’à moins d’être hospitalisé, les journées de maladie sont décomptées des 10 jours annuels de congés payés dont on peut rarement choisir la date selon le secteur d’activité.
Je les entendais souvent dire « ha qu’est-ce que j’aimerais me reposer » ou « pouvoir prendre suffisamment de jours d’affilée pour partir à l’étranger ».
Les gens n’ont pas le temps de voir leur famille, comme on le voit actuellement dans une pub, quand le père rentre tard le soir, femme et enfants (qui dorment en plus généralement dans le même lit – mais c’est un autre sujet ) sont déjà couchés.
S’ils s’ont célibataires, ils n’ont guère non plus le temps de faire des rencontres, ou à la va-vite dans ce qu’on appelle des Konpa (repas organisés pour célibataires).
On en arrive donc (mais ce n’est peut-être pas la seule raison) à un des rares pays au monde où la démographie est à ce point en chute.
On parle souvent de la consommation excessive d’alcool des salaryman, mais n’est-ce pas un réflexe assez courant, humain, de boire pour oublier la fatigue, le stress, et s’amuser rapidement durant les quelques heures de liberté quotidienne ? Je pense que si l’on comparait la consommation de pinard des ouvriers français il y a quelques décennies... mais bon je m’égard..
Enfin voilà, s’il y en a que ça laisse toujours rêveur....
(bon et par pitié pas de polémique sur les 35 ou 39h en France, c’est hors-sujet, puis bon là on parle de gens qui en bossent 50 minimum..)
Promis je reviens avec des sujets plus marrants la prochaine fois