Aujourd’hui je du me rendre (une seconde fois) au pressing.
Y a 2 semaines environ, un inconnu.. ne m’a pas offert de fleurs, non, mais m’a vomie une énorme platrée de soba sur ma veste qui était tombée de la chaise sur laquelle je l’avais posée, désolée pour les détails si vous êtes en train de manger (en même ça vous apprendra, à manger au-dessus du clavier..) mais c’est pour replacer le contexte.
Donc le lendemain, je me précipitai vers le 1er pressing.
Après m’être plusieurs fois plantée avec des cliniques (oui en katakana ça se ressemble : クリーニング / クリニック) je finis par trouver mon eldorado , MAIS-VOI-LA...
La dame, une « charmante » petite naine pourvue d’une seule dent et d’yeux qui louchent vers le ciel (ça fait beaucoup pour une seule femme mais en contrepartie, elle est très gentille), me refuse le paquet en se confondant en excuses : la veste était encore humide (ben oui j’avais quand même pris soin de la rincer dans la baignoire avant), et comme c’est une veste qui ne passe pas en machine, elle avait peur qu’elle rétrecisse et que je l’accuse de l’avoir abîmée et que je la traîne par les cheveux jusqu'à l'autre bout d'Heiwa Dori.
S’en suivirent 20 minutes d’explications, de recommandations (c’est là que j’ai réalisé mes progrès en japonais) et d’une courbette à 90°, le front quasiment posé sur le comptoir. (Ils me font flipper quand ils font ça)
Après avoir scrupuleusement suivi ses conseils, et quelques jours de flemme à retourner là-bas, la veste enfin sèche je repars voir la petite bonne femme qui me reconnaît immédiatement et m’accueille chaleureusement. Comme dans 99% des commerces, il me faut remplir une carte de membre (youhouu, la classe je suis membre du Cleaning de Fukuromachi, à côté de mes cartes de Wants, Rosemary ,Yamadadenki , Hôpital et compagnie, ça va péter).
Le Japon c’est LE pays de la carte, de la carte de membre et de la carte de visite. L’autre jour, à la recherche d’un coupon de réduction, j’ai réalisée que mon portefeuille était pleins à rabord de cartes de visites qui ne me servent à rien.
Là je fais remarquer à la copine avec qui je mangeais « c’est fou ce que vous aimez les cartes de visite ici ! En France à moins d’être graphiste freelance, journaliste, ou encore commercial, plombier, haut-placé d’une entreprise, on ne possède de pas de carte de visite personnelle, et on les distribue encore moins en dehors du cadre du travail. Ca donnerait un genre « je me la pête » ou « j’ai pris mon entreprise pour ma famille alors que je n’en suis qu’un pion ».
Je disais aussi ça parce qu’une amie qui travaille dans un Barber Shop du cul du loup d’Hiroshima m’a demandé de lui en faire une.
Et ben vlan ! elle m’a trouvé l’explication en 3 secondes « oui, parce qu’on est un pays de SERVICES, donc si je vais voir tartenpion dans un grand magasin et que je n’ai pas pu avoir ce que je voulais la 1ère fois, je serai bien contente de retomber sur ce même tartenpion la prochaine fois et de pouvoir compter sur ce qu’il m’a promis. »
Ahh ouai, vu sous cet angle.
Bon revenons à la brave bonne femme du pressing, elle me tend ma carte et me demande si je peux la remplir en katakana « oui, c’est possible », elle me montre du doigt les cases « là le nom, là le numero de tel, et la l’adresse « juusho » vous comprenez ? » « Oui, je comprends »
Et là elle c'est reparti pour 3 couplets d'excuses :
- « hooo, pardon, mais oui vous comprenez trop bien le japonais ! qu’est-ce que je suis bête moi de vous demander ça, koteru-san, pardon pardon ».
- « Non, non ! relevez-vous, lâchez ce fouet madame !! lààà , on se calme ».
J’ai donc eut droit ensuite à des ribembelles de « nihongo umaaaaai ! » , je me demande si c’est pas la version plus honnête de « nihongo ga jouzu » dont je vous parlais la dernière fois, depuis que je sens que je me suis un peu améliorée, j’entends plus souvent ça, même venant d’amis qui me connaissent bien...
Enfin voilà, tout est bien qui finit bien.
... Sauf qu'on entre en période de boonenkai 忘年会, vous vous souvenez ?
Littéralement "réunion pour oublier l'année" : le jeu consiste à se réunir avec chacun des groupes auxquels on appartient (ce qui au Japon veut dire beaucoup) : collègues de bureau, copains du club d'échec, anciens camarades d'école, amicale des amateurs de caniche nain, anciens du.. enfin bref, et de se retrouver dans un bar, un izakaya, un restau, n'importe quel lieu proposant de l'alcool pour en consommer à outrance afin d'oublier ensemble l'année passée.
Vu que beaucoup pratiquent déjà ce jeu tout au long de l'année, on se demande bien l'intérêt d'en rajouter une telle couche, mais les japonais sont des gens scrupuleux, alors dès fois qu'il resterait quelques souvenirs d'y à moins de 3 semaines, hop, on fait dans le super efficace en fin d'année histoire de régler ça une bonne fois pour toute.
Les rues se peuplent donc le soir de gens ahuris, titubant, se vomissant sur les pieds, de salaryman rattrapant leurs potes par les cheveux, d'autres étalés dormant à même la rue, ça braille, ça beugle dans tous les sens. Dans les bars on voit des gens s'effronder et se faire transporter (l'année dernière 3 dans la même soirée), les ambulances croisent les taxis, c'est pas très brillant quoi. On peut aussi faire dans le soft (
notre bounenkai entre filles de l'année dernière)
Tout ça pour dire qu'en cette période je tâcherai (tâche - pressing...) de garder ma veste à porter de main ou au locker.