La rencontre avec le jeune mozaïqué de la photo a en fait eut lieu au cours de la soirée de l'
article précédent, mais comme il méritait un article a lui tout seul...
Ce soir là avec Barnabé et Julien, entre le passage à Koba et celui à Ganko, nous sommes passé dans le bar d'un ami, un minuscule bar très chaleureux et dans lequel les liens se lient vite, avec un comptoir étroit et une seule table basse.
Le comptoir étant plein, nous nous sommes donc assis en face de ces 2 garçons, leur demandant l'autoristation au préalable.
Après quelques phrases de présentation (le gars avec le bob violet s'est fait passé pour le petit frère d'une de mes amies, et bien qu'étant persuadée qu'elle n'avait qu'une grande soeur, la ressemblance était telle que je l'ai cru)....
Pour vous mettre un peu dans l'ambiance, j'avais l'impression de me trouver face à un membre d'un gang dangereux de N-Y. Il donnait l'impression de rapper, me parlant avec une voix plus grave que Joey Starr et Lord Kossity réunis, de très près, avec de drôles de grimaces, et des gestes des mains, des doigts pointés, YO man...
- Il a commencé à nous demander ce que nous faisions là.. au Japon..
Je lui explique brièvement la situation de chacun : Lui fait un voyage pour découvrir le Japon, lui il est venu terminé sa thèse sur l'Art et la Bombe d'Hiroshima, et moi.. ben j'habite là.
Après ça, a commencé un "flow" ininterrompu. Il enchaînait à un rythme incroyable question-réponse, leçons et réprimandes, ne nous laissant ni le temps de répondre, et moi à peine le temps de traduire aux autres.
Et pourquoi lui il parle à peine japonais et lui pas du tout? Nan mais c'est une honte, venir dans un pays et même pas savoir parler la langue, moi, si j'allais aux Etats-Unis, ben j'apprendrais l'anglais
- t'as déjà voyagé ?
- oui aux Philippines
- et t'as appris le Philippin ?
- ben non
Et le boudhhisme ? qu'est-ce que vous y connaissez au bouddhisme hein ? c'est quand même la religion du Japon, fut respecter ça, moi je respecte ça, mais vous, les étrangers vous y comprenez rien; et l'Empereur ? hein, l'Empereur ? ok, je comprends qu'on ai besoin d'hommes politiques, mais quand même je trouve ça dommage qu'on respecte si peu l'Empereur, mais de toute façon, vous vous y comprenez rien.
Et le respect de la hierarchie ? les senpai, les kohai, vous vous comprenez rien à ça, nous les japonais, on sait respecter les aînés
- t'as quel âge au fait ?
- 29
- ha.. nous on a 30 ans
Ouai, et puis les coutumes, les vraies coutumes, vous savez ce que c'est ? vous croyez que c'est les baguettes et le riz ? mais nan c'est pas ça les coutumes, c'est bien plus compliqué que ça, vous ok, vous êtes français, c'est le pain, voilà, c'est pas compliqué, mais au Japon...
Ca a encore continué un long moment....
Là il commençait à serieusement me souler, j'avais envie de mettre fin à la discussion, puisque ce n'en était même pas une, mais juste un monologue hostile.
Je lui ai lâché "Bon en un mot, t'aimes pas les étrangers quoi..", il ne m'a pas entendu, mais lorsque je m'apprétais à répéter, le copain qui tient le bar, m'a lancé un regard inquiet en me faisant un geste de croix des mains (= non fais pas ça, laisse tomber)
Le temps que j'aille aux toilettes, ce charmant garçon était parti, quand je suis sorti, tous les autres clients m'ont lancé un par un 'Gomen ne, otsukare sama desu" (Pardon, c'était bien fatiguant)
Le copain au comptoir a rigolé et m'a dit que ça servait à rien, qu'il fallait laissé tombé, qu'il était bizarre.
Une copine, qui a une sacré poigne est arrivée à ce moment là, elle a entendu l'histoire et s'est mis immédiatement à la recherche du bob violet, qu'elle connaît bien pour le sermonner.
Le lendemain, l'histoire a fait le tour des amis, qui sont venus me voir en se marrant. La copine qui a poursuivi le garçon (alors que je lui avais demandé de laisser tomber, ne voulant pas créer de scandale), l'a rattrapé par la peau du coup, et lui a dit à peu près cela :
- ben va le voir l'Empereur, va lui raconter ce que tu viens de faire, c'est une honte, et ton grand frère; si j'allais lui raconter ça hein?
On m'a dit qu'il était revenu au bar tout penaud avec de grand "Sumimasen deshita"
Le garçon en rouge qui était assis à côté de lui, et qui n'était peut-être pas son ami en fait, a insisté très longuement pour nous donner un billet de 1000 yens pour boire des coups, il nous a expliqué qu'il avait toujours été si bien reçu à l'étranger qu'il voulait nous rendre la pareille...